Mitteilungsblatt : « Une loi pour un désir, ou un désir pour une loi ? »

La récente séquence politique autour de la proposition de loi visant au rétablissement d’une région Alsace a eu le mérite de clarifier les positions, de révéler certaines divergences au sein des groupes politiques nationaux et de mettre en lumière les arguments de chacun.
Cette proposition de loi entend répondre au « désir d’Alsace », tel qu’identifié par le préfet Marx dans son rapport remis en 2018. Si tout a déjà été dit ou presque sur ce premier pas positif au niveau national, il nous semble utile d’y apporter un éclairage autonomiste. Et ce, même si l’exigence vitale d’Alsace que nous portons demeure encore perçue, dans la pensée jacobine, comme subversive, identitaire et donc taboue. Mais patience….
Nous avons soutenu sans réserve cette proposition de loi, malgré ses imperfections. Nous peinons d’ailleurs à comprendre que cette position n’ait pas été unanimement partagée par l’ensemble de la classe politique alsacienne.
Les débats entre partisans et opposants ont principalement porté sur des arguments économiques et techniques.
Sur le plan technique, il s’agirait de trouver la « bonne » formule permettant de tolérer un soupçon de différenciation dans une Constitution pensée pour l’uniformité, sans mettre en péril l’indivisibilité de la République… Vu d’Alsace, ce type d’argumentation prête évidemment à sourire. Mais certains aiment se faire peur et inventer des périls imaginaires pour mieux éviter les véritables enjeux.
Sur le terrain économique, les opposants au Grand Est soulignent qu’après dix ans d’existence, cette région n’a démontré ni son efficacité ni sa pertinence. Même la Cour des comptes pointe les insuffisances.
À l’inverse, les défenseurs du statu quo voient dans cette structure un atout pour l’économie régionale ainsi que pour la gestion des dotations aux collectivités. Cet argument, politiquement porteur, permet à Frank Leroy d’affirmer qu’aucun élu alsacien ne lui aurait fait part d’une demande pressante de sortie du Grand Est lors de ses nombreuses visites en Alsace. De toute évidence, le désir est encore trop faible pour susciter le courage.
Sur le plan économique pourtant, cet argument relève de la pure démagogie. Dans une économie mondialisée, la valeur ajoutée du Grand Est est inexistante. Ce dont le monde entrepreneurial a besoin, c’est de cohérence stratégique et de la capacité à mobiliser efficacement ses ressources internes pour faire face aux défis de la mondialisation. La faculté des structures à innover, à rebondir et à agir de manière autonome pèse bien davantage que quelques opérations de communication destinées à valoriser une collectivité artificielle. Une telle argumentation paraît d’autant plus lunaire lorsqu’elle émane de responsables qui prétendent par exemple gérer le réel et agir concrètement sur le pouvoir d’achat de nos concitoyens.
On trouvera toujours des exemples d’entreprises alsaciennes ayant des débouchés au-delà des Vosges — et inversement. Mais cela relève de leur compétitivité propre, non de l’existence du Grand Est. Notons néanmoins que le regard économique alsacien se tourne désormais davantage vers l’ouest, signe manifeste du décrochage alsacien vis-à-vis des dynamiques suisse et allemande.
Parmi les soutiens alsaciens au Grand Est, le positionnement de Catherine Trautmann illustre particulièrement cette ambiguïté : prisonnière des obsessions strasbourgeoises consistant à vouloir faire de Strasbourg la capitale de tout et de rien, au détriment de ce qui constitue sa nature profonde — être capitale de l’Alsace.
Un autre argument revient régulièrement : on ne pourrait raisonnablement défaire ce qu’on a péniblement construit en 10 ans. Cela coûterait trop cher dans un contexte économique pourtant marqué par des défis d’une toute autre envergure.
Sur ce point, on peut faire confiance au pouvoir central : l’Alsace paiera quoi qu’il arrive, comme elle a payé naguère son TGV. Dès lors, quitte à payer, autant le faire pour porter sa propre vision et ses propres ambitions. Et comment pourrions-nous prétendre affronter les défis du monde contemporain si nous sommes incapables de corriger les conséquences d’une réforme territoriale bâclée ?
La Collectivité européenne d’Alsace, au-delà de fragiliser politiquement le Grand Est, doit désormais offrir une vision claire et un horizon désirable aux Alsaciens, sans minimiser les difficultés à venir. Car nous savons que nous disposons collectivement des ressources, des talents et de l’intelligence nécessaires pour reprendre véritablement notre destin en main.
Le « désir d’Alsace » demeure vivant. Il anime encore de nombreux Alsaciens qui, par leurs engagements et leurs actions, le font exister au quotidien. Mais la somme de ces aspirations doit désormais se muer en un projet politique structuré, cohérent et pleinement assumé.
Si ce désir a pu être identifié, et si l’Alsace demeure aujourd’hui un sujet politique alors qu’elle devait être dissoute dans l’indifférence, c’est d’abord grâce au travail politique mené par Unser Land. Ne nous voilons pas la face : le chemin reste long et semé d’embûches. Et lorsque nous aurons obtenu l’inéluctable sortie du Grand Est, d’autres défis devront encore être relevés.
Mais ces défis sont stimulants. Car ce sont ceux qui mènent à l’autodétermination dont notre peuple a besoin et qu’il reste à construire ensemble.
‘S Elsass brücht eich!
Martin Meyer, vice-président du mouvement
https://www.unserland.org/2026/04/26/une-loi-pour-un-desir-ou-un-desir-pour-une-loi/