Les fantasmes de Monsieur Blanquer font reculer la France
Dans une tribune du Figaro cosignée avec le constitutionnaliste Benjamin Morel, l’ancien ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer s’en prend aux écoles immersives de Corse qu’il accuse de constituer le ferment du séparatisme. Selon lui, la langue française serait exclue de ce type d’établissements et on y verrait même « des élèves chargés de dénoncer celui d’entre eux qui parlerait français pendant la récréation ». Par cette rhétorique, Jean-Michel Blanquer et Benjamin Morel inventent une réalité parallèle dans un exercice indigne de réécriture de l’Histoire car ce sont, au contraire, les langues minoritaires comme le corse, le basque ou le breton qui ont eu à subir ce type de discriminations et d’humiliations dès le XIXe siècle, des discriminations et des humiliations que l’Etat français a ensuite exportées dans ses colonies d’Afrique. Tout cela est très bien documenté par les historiens et Monsieur Blanquer le sait.
Le système Jules Ferry dont se revendique l’ancien ministre n’avait pas seulement pour but d’unifier la nation française, il visait aussi à y parvenir en écrasant la diversité dans le pays. Mais en dépit de plusieurs siècles d’une politique d’uniformisation commencée sous l’Ancien Régime, force est de constater que la France est encore plurielle et qu’elle n’en est pas moins unie au plan linguistique. Aucune politique de ségrégation n’est menée dans le système scolaire immersif où la langue régionale est la langue d’enseignement : 100% des élèves y parlent aussi français et les écoles immersives obtiennent d’excellents résultats scolaires lors des contrôles réalisés par le mjnistère lui-même ainsi qu’aux examens comme le brevet et le baccalauréat. Tout cela est factuel.
Jean-Michel Blanquer et Benjamin Morel vivent dans le fantasme d’une France d’avant, où il était « interdit de parler breton et de cracher par terre ». Cette caste qui monopolise le pouvoir à Paris depuis toujours est tellement effrayée par l’idée de le partager qu’elle fabrique de toutes pièces des menaces intérieures factices. Or, les identités dites « régionales » sont factuellement des pôles de résistance à la globalisation néolibérale. Par leurs propos mensongers et méprisants, ces deux personnages se comportent au contraire comme des ferments des fractures politiques, sociales et territoriales en France. Il faut en sortir. C’est le fédéralisme, en consacrant une France plurielle, qui permettra de recoudre le tissu social que les jacobins ont déchiré.