Culture bretonne : non à l’instrumentalisation par l’extrême droite

L’utilisation récente de l’image d’un bagad breton par le Rassemblement National, sans l’accord des personnes concernées, a ravivé un débat essentiel : celui de l’appropriation opportuniste de la culture bretonne par un parti qui n’en défend ni la réalité, ni les fondements, ni l’avenir.
Depuis des décennies, la culture bretonne est vivante, diverse, contemporaine. Elle s’exprime à travers ses langues, le breton et le gallo, ses pratiques artistiques, son tissu associatif, ses écoles, ses médias, ses engagements citoyens. Elle est portée par des femmes et des hommes ancrés dans les territoires, qui agissent concrètement pour sa transmission et son développement.
À l’inverse, le RN ne propose de la culture bretonne qu’une vision figée et folklorisée : une image d’Épinal, surannée, autrement dit vidée de sa substance sociale et contemporaine qui lui permet de se tourner vers l’avenir par la transmission mais aussi la création. Réduire la Bretagne à des symboles ou des cartes postales, sans jamais soutenir les politiques publiques indispensables à la survie des langues et des cultures régionales, relève de l’imposture. Si Gilles Pennelle tente d’en effacer le souvenir, l’UDB n’oublie pas que Marine Le Pen et avant elle, son père Jean-Marie, se sont toujours opposés à toute forme de reconnaissance des langues de Bretagne dans la vie publique. Aujourd’hui encore, au Conseil régional de Bretagne, Gilles Pennelle tourne en dérision le service d’interprétation qui permet à ses membres élus de s’exprimer aussi bien en français ou en gallo, qu’en français.
L’instrumentalisation de la culture bretonne par le RN, dans le but d’y associer son programme politique qui prône le repli sur soi, n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une stratégie déjà observée lorsque la Une du magazine Le Peuple breton de janvier 2024 avait suscité une vague de réactions haineuses et de détournements relayés par des figures de l’extrême droite, dont des représentants du RN au Conseil régional. Là encore, la Bretagne réelle, plurielle et ouverte, était attaquée au profit d’un récit identitaire étroit et excluant.
La défense authentique de la culture bretonne ne se décrète pas à coups de visuels ou de slogans. Elle passe par des choix politiques clairs : reconnaissance institutionnelle des langues régionales pour qu’elles obtiennent un statut officiel au côté du français, soutien à l’enseignement bilingue et immersif, financement des associations culturelles, respect des acteurs locaux, et reconnaissance de la Bretagne comme territoire vivant et contemporain à travers l’enseignement de son histoire, de sa géographie et de sa civilisation dans toutes les écoles de Bretagne.
Face aux tentatives de récupération et de déformation portées par l’extrême droite, il nous appartient collectivement de réaffirmer une évidence : la culture bretonne n’appartient à aucun parti, encore moins à ceux qui la figent et la détournent à des fins idéologiques.
Gagner la bataille culturelle, aujourd’hui, c’est défendre une Bretagne ouverte, solidaire, ancrée dans ses territoires et tournée vers l’avenir. C’est refuser les visions étriquées, excluantes et passéistes de l’extrême droite. C’est affirmer que la culture bretonne est vivante parce qu’elle est partagée, émancipatrice et profondément démocratique.
Lydie Massard & Tifenn Siret porte-paroles de l’UDB